Braguino

Ou la Communauté impossible
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Braguino

Ou la Communauté impossible

Clément Cogitore a été en 2015 le premier lauréat du PRIX LE BAL DE LA JEUNE CREATION AVEC l’ADAGP. Ce Prix a pour vocation d’accompagner pendant deux ans la réalisation d’un projet de création s’inscrivant dans le spectre large de l’image-document, fixe et en mouvement, questionnant notre expérience humaine. Braguino ou la communauté impossible fait l’objet du 15 septembre au 23 décembre 2017 d’une installation au BAL et d’un livre co-édité par LE BAL et les Filigranes Éditions. Clément Cogitore s’est rendu en 2016 à Braguino, du nom de la famille vivant dans quelques cabanes de bois perdues au fond de la Taïga sibérienne, à 700 km de toute présence humaine. Par ce geste, il souhaitait percer le mystère de la volonté d’un homme, Sacha Barguigne, issu d’une communauté de Vieux Croyants, qui décida d’installer là sa famille il y a plus de trente ans, avec l’espoir de vivre en paix, dans l’autarcie la plus complète, et de construire un modèle de vie autosuffisant. Très rapidement pourtant, ce paradis devient la scène d’un conflit ouvert entre deux familles ne parvenant pas à cohabiter, c’est-à-dire à s’accorder sur un récit commun d’existence. L’échec d’une communauté possible composera l’axe central du travail filmique, photographique et sonore de Clément Cogitore.
Plongée dans l’obscurité, l’installation au BAL immerge le visiteur, au coeur d’un récit en actes, où chaque fragment filmique se révèle une pièce de l’intrigue, avec unité de temps, de lieu et d’action : l’arrivée à Braguino en hélicoptère, le rêve de Sacha, une chasse à l’ours, l’île mystérieuse où se réfugient des enfants livrés à eux-mêmes; enfin, la montée en intensité d’une menace de conflit armé. Tout cela nous projette dans un monde de plus en plus crépusculaire, comme en témoignent les grandes photographies lumineuses aux tonalités sourdes qui jalonnent cette traversée.
Avec pour aiguillons les éléments d’une dramaturgie très archaïque évoquant la construction conflictuelle des grands mythes, Braguino relate l’expérience d’une double impossibilité : celle de fuir et celle de rester, c’est-à dire de composer avec l’Autre, la part maudite de soi. Au-delà d’une simple étude ethnographique, Clément Cogitore livre ici un conte cruel « révélateur d’un instant de bascule de notre civilisation». Si ce monde est voué à disparaître, de quoi cette disparition est-elle le signal ?

Diane Dufour et Léa Bismuth

 

Conçu avec les graphistes José Albergaria et Rik Bas Backer (Change is good), le livre égrène les chapitres de ce conte cruel, les images du rêve d’isolement et de communion avec la nature s’assombrissant peu à peu inéluctablement vers les images crépusculaires d’un monde menacé de toutes parts. Les textes de Léa Bismuth (entretien avec Clément Cogitore) et de Bertrand Schefer éclairent l’intention de Clément Cogitore et reviennent sur la portée de la faillite de l’idée communautaire.

 

Co-production
LE BAL, l’ADAGP, Ministère de la Culture et du Cercle des 100 Amis mécènes du BAL
Parution
14/09/2017
Collection
Hors Collection
Format
195 x 260
Anglais/Français
Relié couverture cartonnée et toilée
125 photographies en couleurs
208 pages
ISBN : 978-2-35046-431-2
Commander

Clément Cogitore

Artiste, Cinéaste, Photographe

Après des études à l’Ecole Supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg, et au Fresnoy – Studio national des arts contemporains, Clément Cogitore développe une pratique à mi-chemin entre cinéma et art contemporain. Mêlant films, vidéos, installations et photographies, son travail porte en lui un puissant questionnement sur la fabrication des images, la part active de leurs apparitions dans les constructions humaines. Il s’agit pour lui de mettre en scène le rapport que nous pouvons entretenir au sacré, à sa dimension ritualisée, dans et par un regard porté sur le monde et son énigme : la nuit originelle du cinéma rejoint la nuit secrète de nos faits et gestes. Son œuvre est donc à la fois porteuse d’une réflexion sur la visibilité, la place de l’homme dans le monde qu’il façonne, et son ancrage politique dans les espaces qui le conditionnent. Ainsi, en 2015, son premier long métrage Ni le ciel Ni la terre mettait en scène, par la fiction, une quête métaphysique de sens dans un monde en guerre. C’est dans cette perspective qu’il faut aussi découvrir Braguino ou la communauté impossible : Cogitore décrit des points de bascule entre des seuils de civilisation et de croyance.

Après des études d’histoire de l’art et de philosophie à la Sorbonne, Léa Bismuth écrit dans Artpress dès 2006. À partir de 2013 — tout en continuant à travailler avec des institutions comme Les Beaux-Arts de Paris, Le Fresnoy ou LE BAL ; et à écrire dans des catalogues d’exposition — elle met en place sa démarche de commissaire en adaptant des textes littéraires et philosophiques au format de l’exposition : elle puise notamment son inspiration, qu’elle confronte aux artistes de son temps dans une logique d’écriture collective, dans les œuvres de Derrida, Aragon, Duras, Barthes, Benjamin ou Blanqui (notamment commissariats pour Les Nouvelles Vagues du Palais de Tokyo 2013 ; Le CAC La Traverse 2015 ; L’URDLA Focus Résonance Biennale de Lyon 2015 ; Les Tanneries d’Amilly et Les Rencontres d’Arles en 2017 ). C’est en 2016 qu’elle rend visible un vaste programme de recherche curatoriale à Labanque de Béthune, une trilogie d’expositions pensée à partir des œuvres complètes de Georges Bataille : La Traversée des Inquiétudes (Dépenses – 2016 ; Intériorités – 2017 ; Vertiges – 2018).

Bertrand Schefer est un écrivain, réalisateur et traducteur français né en 1972 à Paris. Après des études de philosophie, il consacre ses premiers travaux à la redécouverte de textes fondateurs de la Renaissance italienne sur l’origine des arts visuels. Il a ainsi traduit plusieurs textes de l’italien, dont Quid sit lumen de Marsile Ficin en 1998 et le Zibaldone de Giacomo Leopardi en 20031 pour lequel il a été lauréat du prix Italiques2.

Écrivain, scénariste, acteur, il a coréalisé avec Valérie Mréjen son premier long métrage, En ville, sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2011.